A propos

Tous journalistes

Mené à bien par Laure, Divine et Salim, ils ont fait un journal. Les lycéens de la 1ère cohorte, venus de l’Ile-de-France, de Paris et de la Marne, ont choisi de l’appeler Grappes rémoises. Il s’agissait évidemment d’évoquer les vignes et le champagne qui font la richesse de la ville, mais plus encore l’acharnement avec lequel ils se sont attachés à mener à bien ce projet. Réaliser en moins de quatre jours un journal quand on n’a pas la moindre idée de ce que représente le métier de journaliste supposait de s’agripper, de se mettre en grappes.

Le premier jour, il a fallu dire quel était ce métier indispensable et montré du doigt parce qu’il suppose de refuser les ordres du pouvoir, de n’importe quel pouvoir, et les injonctions à regarder ailleurs. Dès le lundi soir, l’un d’eux s’est échappé, il avait choisi son sujet. Il n’était jamais entré dans un théâtre mais il voulait voir à quoi ressemblait cette machine à spectacle qui s’appelle la Comédie.

D’autres ont voulu faire la lumière, comprendre une question qui les touchait, peut-être de trop près. Ils venaient d’apprendre qu’il fallait faire le tour des témoins, des points de vue. À Reims, où le savoir-faire est d’assembler le jus de raisin issu de différents cépages, les différentes religions pouvaient-elles s’assembler ? Ils n’étaient pas trop de quatre pour établir un double constat : oui, le dialogue interreligieux existe mais qu’il est dur d’en parler. Ils l’ont fait. Ceux qui avaient choisi d’évoquer le harcèlement dont les femmes sont victimes dans l’espace public devaient revenir bredouilles. Trop compliqué de faire parler des inconnues croisées dans la rue… Ils étaient quatre garçons et ont recueilli des témoignages aussi bruts que forts.

Comment pouvaient s’en sortir ceux qui s’érigeaient en chroniqueurs judiciaires d’un jour ? En étant attentif à ce qui se joue dans une cour d’assises et en le retranscrivant fidèlement. Une grappe de trois lycéennes se trouvait face à un sujet en creux : que font les lycéens de Reims pour le climat ? Peu de mobilisation, des discours. Elles l’ont dit, elles l’ont écrit. C’est aussi ça le métier de journaliste, dire ce qui ne survient pas.

L’une avait aimé le spectacle de danse donné ce soir-là au Manège, l’autre pas, mais elles avaient choisi de travailler ensemble, chacune apportant son point de vue, comme si elles avaient compris que c’était bien là le mot clé de leur apprentissage. Elles voulaient aussi comprendre comment on pouvait devenir champion du monde de brake dance. En sept minutes d’interview, elles avaient tout. On ne fait pas un journal sans portrait, sans s’intéresser non pas à des questions, mais aux gens qui les portent. Il fallait aller voir Zahia, qui apporte réconfort et nourriture à ceux qui se trouvent au plus bas. Elles sont deux à l’avoir rencontrée dès le premier soir.

Comme cela arrive souvent quand on est journaliste, sur le terrain, des sujets s’effondrent et il faut se retourner dans l’urgence. Alors pourquoi ne pas réaliser le portrait de Florian, qui accompagne les lycéens sur le campus de Sciences Po quand il n’est pas professeur à la Maison d’arrêt de Reims ? Ou encore passer la porte du bar le Cabasson afin de comprendre pourquoi les Rémois l’apprécient tant ?

Nous étions à Reims et pour les jeunes reporters, le champagne ne pouvait être absent. Là encore, ils s’y sont mis à trois et n’ont pas lâché l’affaire devant l’aridité du sujet. Les meilleurs vins, comme les sujets, poussent parfois sur des terrains caillouteux. Et puis, il n’y a pas que ça à Reims, ce serait caricatural de s’arrêter là. Alors à quatre ils sont allés chercher ceux qui testent des technologies nouvelles pour aider les malvoyants à distinguer ce qui jusqu’ici leur échappait.

Aider à voir et à comprendre ce qui se joue quand on plante 16 arbres dans un quartier populaire de Reims, c’est aussi ça le métier de journaliste. Beaucoup de discussions, de débats et d’idées moulinées ont fait naître un verger qui permettra aux habitants d’aller cueillir des fruits quand les arbres auront pris racine. Il y avait aussi un événement à Reims, un vrai, on fêtait les 100 derniers jours qui précèdent la Coupe du monde féminine de football qui se déroulera en France. Le danger était évidemment que quatre reporters s’intéressent au football en oubliant que l’on parle des femmes. Ils ont vu, écouté et raconté ces jeunes joueuses qui contestent aux hommes le monopole du ballon rond et rapporté fidèlement leurs propos. C’était leur travail, ils l’ont fait.

Que dire de l’assemblage final ? Il a des défauts ? Sans doute. Pas assez de ceci ou de cela ? Évidemment, mais quelle leçon d’enthousiasme, d’envie, de plaisir pris à sortir pour rencontrer des femmes et des hommes de Reims, pour être journaliste.

Collectif Chronos & Kairos

GRAPPES RéMOISES, le mag’ des lycéens de Premier Campus

Rédaction en chef : Laure Diamana, Divine Sese, Salim Hadbi

Rédacteurs : Benito Daniel Diampanga, Nevrez Yurstever, Mohamed-Ali Lazizi, Brahim Regradj, Osiris Yetna, Jean-Marc Lin, Eva Gomes De Sousa, Hager M’Sallem, Chaine Assadi, Amine El Allaki, Hamsan Anantharajah, Kellia Anaïs, Delna Bruno, Yousra Berrak, Davina Brochant, Sonia Tohotou, Bilal Essafiri, Anthony Alagon, Marion Boetsch, Quentin Stievenard, Ayse Gümüs, Théo Lefevre, Abdelilah Ed Dahhaoui, Aurélien Michel, Tenzin Thochuang Tsang, Kadiatou Konaré, Tasnime Mabrouki, Valentin Desroches, Pauline N’Dolo, Lorraine Valbrecq, Amadou Ba, Fiona Nestor, Aurore Leveque, Ynes Bellance, Anne-Sophie Masson, Halimé Kocagoz

Edition et maquette : Sonia Tohotou, Mohammed-Ali Lazizi, Nevrez Yurtsever, Tasnime Mabrouki