Au procès Prévoteaux, on juge la victime

Au procès Prévoteaux, on juge la victime

Le deuxième jour du procès de Daniel Prévoteaux a eu lieu le 27 février au tribunal de la cour d’Assise de Reims. L’homme est accusé de tentative de meurtre sur son ex-femme, Isabelle Sartor. Récit d’une audience consacrée à l’étude des personnalités de l’accusé et de la victime.

A 14 h, l’audience débute. Les proches et la famille s’installent aux premiers rangs, les avocats des deux parties prennent également place. La victime Isabelle Sartor, entre le visage fermé en boitant et muni d’une canne. Quant au mari, Daniel Prévoteaux, qui aurait tiré sur sa femme, il semble « éreinté », d’après les dires d’un professeur rencontré sur place. L’ambiance dans la salle est tendue et les principaux protagonistes s’ignorent.

Durant la première partie du procès, les avocats évoquent la question de la blessure subie par Isabelle Sartor. Un médecin est appelé à la barre : l’examen pratiqué ne corrobore pas les dires de l’accusation. Il soutient la thèse d’un tir non intentionnel. « Il change de version à chaque fois, s’agace quelqu’un dans le public, nous ne connaissons toujours pas les détails sur la nature du tir ».

Monsieur Gougou, voisin et collègue de Daniel Prévoteaux, décrit l’ambiance au sein du couple. Il évoque un ménage en conflit, mais « rien de bien alarmant ». La juge relève quelques incohérences entre la déposition initiale et celle devant la cour, qui soulèvent la question de la crédibilité du témoin, accueilli par un sourire de la part de la victime. Et pour cause, ces incohérences remettent en cause la totalité du témoignage.

LES TEMOINS ACCABLENT LA VICTIME

Les uns après les autres, les témoins qui doivent permettre de cerner la personnalité de Daniel Prévoteaux et de comprendre le couple qu’il formait avec Isabelle Sartor, défilent et dressent un portrait très négatif de la femme. Les voisins directs parlent d’un couple « désuni » et « en perpétuel conflit ». L’accusé, lui, semble étrangement serein, presque décontracté.

Une voisine appelée à la barre décrit Daniel Prévoteaux comme un homme gentil, aimant et attentionné « je n’ai rien à redire sur lui, mais elle… ». Les proches de la victime ont l’air excédés. Le témoin poursuit et offre un portrait beaucoup plus dur de l’épouse, une femme imbue d’elle-même et désagréable, qui pousse à bout son mari : « tout le monde a ses limites ». Elle justifie ainsi l’acte de l’époux, en le qualifiant d’acte « désespéré », évoquant des problèmes de voisinages fréquents.

Les proches de l’accusé et de la victime restent anxieux et silencieux. Certains ont même les yeux humides de larmes lors de certains témoignages. La partie civile, qui défend les intérêts de la victime, remet en question l’impartialité de la voisine du fait de ces conflits, « nous pouvons dire que vous êtes un témoin excédé par les problèmes de voisinages à répétition », lance l’Avocat général.

UNE OU DEUX DETONATIONS ?

Au fil des témoignages, le portrait de la femme se précise. Une amie du couple, Nathalie Buisson, arrive à la barre, appelée par l’avocat de la victime : elle est une des seules à donner une vision positive d’Isabelle Sartor. Elle parle d’une femme qui n’est pas « appréciée à sa juste valeur ».

Puis elle explique avoir entendu le soir du drame « deux détonations sourdes » et non une comme indiqué dans le procès verbal des gendarmes. Cette révélation soulève une vague de doutes dans la salle et l’étonnement des proches du couple. S’il y a eu deux coups de feu, la thèse du tir involontaire s’effondre. La présidente finit par lui reprocher son manque de franchise et de spontanéité, quand l’avocat de la défense lui lance « vous avez l’air d’être porteuse d’un message convenu à l’avance »  

La majorité des témoins dit ne pas être surpris par ce qui est arrivé : « chacun à ses limites, dit un ouvrier, témoin de la défense, et Daniel a fini par les atteindre ».  Une autre voisine du couple, Armelle, avec qui la victime entretient une relation conflictuelle soutient qu’Isabelle Sartor ment sur son état de santé : « elle marche sans sa canne dans le quartier, je ne sais pas pourquoi elle en a une aujourd’hui », cette critique a l’air d’énerver au plus haut point les proches de la victime qui secouent la tête en signe de réprobation.

Au terme de l’audience, il ressort un portrait très négatif de la victime, ce qui est très surprenant. En effet la majorité des témoins soutient qu’Isabelle Sartor a « mérité ce qu’il lui est arrivé ». Le procès devait se poursuivre vendredi 1er mars.

Hager M’Sallem, Chaine Assadi, Amine El Allaki, Hamsan Anantharajah