Ismaël Taggae, Rémois et champion du monde de breakdance

Ismaël Taggae, Rémois et champion du monde de breakdance

Depuis quelques jours, le temps a dû se contracter pour Ismael Taggae, lorsque le comité d’organisation des JO de 2024 a déclaré que le break dance serait une discipline olympique. Il reste encore du chemin avant que cela ne devienne une réalité, mais un premier pas important vient d’être franchi pour cette danse de rue née à New York dans les années 1960. Les break dancers alliaient l’esthétique de la danse et la puissance acrobatique qui auraient pour cadre le bitume urbain. L’ancien champion du monde de 2003 n’aura que quelques instants à nous consacrer lors d’un rendez-vous téléphonique pour nous raconter sa passion, une histoire de vie.

Comment avez-vous découvert le break dance ?

Lors d’un spectacle, c’était une fête de quartier à Reims, là où j’habitais. Il y avait des « grands » qui dansaient, dont David Moyen, qui à l’époque était un précurseur. J’avais 17 ans, c’était en 2001, ça m’a plu direct.

Comment avez-vous choisi d’en faire votre métier ?

En fait, j’ai pas choisi. Ça s’est fait au fur et à mesure que j’ai construit ce qui allait devenir mon métier. Il y a eu les compétitions, les tournées et j’ai petit à petit eu l’ambition de créer une école de break dance.  

Comment avez-vous eu l’idée de créer le studio du collectif Footzbeul en 2007 ?

Au début, c’était dans un cadre associatif pour s’entrainer dans des salles. J’avais envie d’être autonome, je voulais rester chez moi, à Reims, pour transmettre mon énergie et faire découvrir la danse aux enfants dès leur plus jeune âge (quatre ans pour certains).

Comment se passent les compétions de Break dance ? Comment les concurrents sont-ils notés ?

Au Championnat du monde, ils te notent par rapport à ce que tu peux apporter : ta présence, ton originalité… Mais ça change d’année en année à cause des nouvelles technologies et de nouveaux critères. En gros, ça se base sur ta manière de répondre aux défis que se lancent les danseurs. Des équipes de filles, garçons ou mixtes s’affrontent, un danseur ou une break danseuse se lance, les autres répliquent…C’est le principe du battle. Donc, il y a un côté show, on tente de se dépasser et de dépasser l’autre. 

Après toutes ces années, ressentez-vous toujours la même émotion concernant votre victoire au championnat du monde en 2003 avec le groupe « Pockémon »

Ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai toujours fait les choses en grand passionné, ce n’est pas pour la compétition ou pour une médaille. J’ai jamais eu l’ambition de gagner, je m’entrainais beaucoup, mais pas forcément dans cette optique. Nous sommes allés à Braunschweig, en Allemagne, nous avons participé, et nous avons gagné. La véritable émotion, nous l’avons ressentie au retour en voyant la fierté dans le regard de nos proches.

Comment avez-vous pris la nouvelle de l’entrée potentielle du Break dance aux JO de Paris 2024 ?

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J’ai ressenti plusieurs émotions. D’abord je me suis dit : attention, vous êtes en retard, parce que le côté athlétique du Break dance a toujours été présent, ça fait longtemps que ça aurait dû devenir une discipline olympique. Ensuite, je sens bien que c’est du rattrapage médiatique pour mettre en valeur les JO de Paris 2024, puisque le break dance attire de plus en plus de personnes. Malgré tout, c’est une progression et ça donne de la légitimité à notre discipline. Finalement, j’ai une petite peur car le break dance est une danse sociale avant tout, une danse née dans la rue, une question d’émotion, le partage d’une culture qui a ses propres codes. Les JO vont-ils réussir à conserver cet aspect, à le mettre en valeur ?

Comptez-vous y participer ? Pousserez-vous vos élèves à y aller ?

Pour ma part, je pense encore avoir un niveau national et international, mais j’ai arrêté les grosses compétitions. Parfois, c’est intense et on risque de se blesser, je préfère garder toutes mes capacités pour me consacrer à la transmission de ma passion. Quant à encourager mes élèves, je ne suis pas contre : après tout on n’arrête pas l’évolution.

Propos recueillis par Kellia Anaïs et Delna Bruno