Catholiques, juifs, musulmans, protestants de Reims, ils se parlent, mais n’en parlent pas ou peu

Catholiques, juifs, musulmans, protestants de Reims, ils se parlent, mais n’en parlent pas ou peu

Entre les religions monothéistes, un dialogue régulier et constructif existe à Reims. Mais il est difficile d’amener les uns et les autres à l’évoquer.

Elle ne souhaite pas faire de photos et préfère témoigner de manière anonyme quand il s’agit de s’exprimer sur le dialogue interreligieux à Reims. Notre interlocutrice, nous l’appellerons Esther*, accepte de parler, mais craint, en ces temps d’antisémitisme, d’apparaître à visage découvert quand il s’agit de poser une question évidente : Juifs, catholiques, musulmans et protestants entretiennent-ils des relations régulières ou, au contraire, s’ignorent-ils ?

L’enquête elle-même paraît délicate. Demander à rencontrer un responsable de l’Église catholique, le pasteur, un imam ou un représentant de la communauté juive semble mission impossible. L’archevêché promet par la voix d’une porte-parole d’organiser un rendez-vous qui se perdra dans les sables du désert. Les imams paraissent insaisissables. Esther, elle, reste sur ses gardes. Seule, Chantal Vanzyl, 74 ans, ancienne conseillère presbytérale de l’Église Réformée, accepte de répondre aux questions et se montre rapidement disponible. Rendez-vous pris à la Maison de la vie associative… elle parle et décrit les relations entre les religions qui cohabitent à Reims. Elle évoque des « relations privilégiées avec la synagogue », mais aussi des réunions régulières avec les représentants des musulmans et des catholiques, des « personnes de la synagogue sont aussi conviées, mais elles sont si peu nombreuses que, pour l’instant, ils n’ont pas trouvé de représentant ».

Des cultures si proches

Esther, de confession juive, préfère parler de « culture » plutôt que de « religion ». Elle insistera plusieurs fois sur cette distinction. Son principal objectif est de « faire connaître l’histoire de la communauté juive dans la région Champagne-Ardenne ». D’origine tunisienne, elle insiste sur sa grande proximité avec la communauté musulmane : « Nous sommes comme des sœurs, comme des frères. Nous avons tant de choses en commun. Nos cultures sont très similaires ! » Lorsqu’elle nous parle, l’anxiété l’empêche de nous répondre de manière détendue, elle reformule les questions et évite les sujets conflictuels. Elle ne se détendra que quand nous rangerons nos stylos et notre dictaphone. Les lois et les débats politiques ont, pour elle, construit un mur entre les deux communautés. L’affrontement serait artificiel et renforcé par une législation trop contraignante. Si elle ne participe pas à des réunions régulières dont elle ne voit pas l’utilité, en revanche, elle s’est rendue volontiers à une table ronde organisée récemment par des étudiants de Sciences Po sur la question de la place de la femme dans les trois religions monothéistes.

Un dialogue ancien

Anouar Alami, 57, ans, représentant des musulmans dans un groupe inter- religieux, ancien président de l’association musulmane de la grande mosquée de Reims, détaille au téléphone comment le dialogue interreligieux s’est organisé à Reims. « Il y a toujours eu un dialogue qui remonte à très loin, depuis que la communauté musulmane s’est organisée dans les années 1970- 1980. Les participants sont désignés par les membres des associations des mosquées pour les musulmans, par l’archevêque pour les catholiques et par le rabbin pour les juifs. A une certaine époque, le représentant du judaïsme dans les groupes interreligieux à Reims était monsieur Haim Korsia qui est aujourd’hui le Grand rabbin de France. Nous nous réunissons chaque mois avec des fidèles pour partager des moments de fraternité. On peut discuter d’un thème religieux en cherchant ce qu’il y a de commun entre nous. On a organisé des manifestations de grande ampleur avec toutes les religions et les agnostiques », dit-il ouvert et détendu, sans tabou. « Ça s’est accéléré ces derniers temps. Nous nous voyons pratiquement tous les mois », assure-t-il.

Pourquoi est-il si difficile d’évoquer la question du dialogue entre les religions monothéistes à Reims ? Le manque de temps est évidemment un élément de réponse. Mais il reste mystérieux que le pasteur, l’Église catholique, le rabbin et les imams se tiennent à distance du micro tendu alors même que tous ont le souci d’entretenir des liens entre eux, cherchant à insister sur ce qui les rapproche plutôt que sur ce qui les sépare.

*Le prénom a été changé.

Inés Azize-allal, Kenza Benouda, Sofiane Ould abed, Birhan Kahraman