Le harcèlement de rue, une violence sexuelle

Le harcèlement de rue, une violence sexuelle

À Reims comme ailleurs, le harcèlement de rue sévit. Ces violences sexuelles du quotidien contraignent de nombreuses femmes à changer leurs habitudes dans l’espace public. 

Dans les rues piétonnes autour de la cathédrale, les Rémoises traversent le centre, sortent des magasins ou profitent d’une pause au soleil. « Quand on me siffle, je me sens comme un objet » témoigne L., assise avec sa copine sur la Place du Parvis. À quelques pas de là, dans une rue commerçante, S., la trentaine, énumère le genre d’agressions verbales qui font désormais partie du quotidien : « On me dit : “hé mademoiselle t’es bonne ‘ ou ‘je ne sais pas ce que je vais te faire ‘ ». Main dans la main, un couple de trentenaires passe : « Moi j’ai eu la totale de l’agression », résume P. la jeune femme, « d’ailleurs je passe au tribunal bientôt pour ça. ». V., une septuagénaire et sa fille sortent d’un café. Du fait de son âge, la mère ne se sent plus concernée par le harcèlement, mais estime que la situation ne s’arrange pas pour les femmes : « Dans les années 70, c’est pas parce qu’on voyait une femme en mini-jupe que, tout de suite, c’était des agressions verbales. Pour moi, c’était beaucoup plus libre avant qu’aujourd’hui. Il n’y a plus de respect. » Sa fille poursuit : « Ça rétrograde au lieu d’avancer et c’est triste ».

« ÇA CONTRAINT NOTRE LIBERTE »

Ces actes, parfois répétés, ont toujours une répercussion dans la vie des femmes victimes, qui sont forcées de changer leurs habitudes et de « s’adapter » au risque de harcèlement : « Souvent dans le métro et fréquemment dans la rue, on fait attention. Dès qu’on a une petite jupe courte ou un petit décolleté, on évite de sortir la nuit, on a le couvre-feu et en général on rentre accompagnée. » affirme P. Quand L. est sifflée ou prise à partie par des hommes, elle tente, avec difficulté, de les ignorer : « Je ne les regarde pas, je ne reste pas à côté d’eux et je trace ma route ». On retrouve ce sentiment d’insécurité dans l’ensemble de l’espace public, de la rue jusqu’aux transports en commun : « Dans le métro, s’il y a un homme seul dans un carré, on va plutôt s’asseoir à côté d’une femme, donc ça contraint notre liberté. »

UNE MAJORITE DE FEMMES CONCERNEES 

Encore aujourd’hui, le harcèlement de rue n’est pas nécessairement considéré comme une violence sexuelle par l’ensemble des femmes. G., la cinquantaine, rencontrée au centre commercial, qualifie ces actes de « pas méchants ». Elle estime d’ailleurs qu’on « a tendance à crier au loup » quand cela arrive. On se rappelle justement de la polémique après la publication dans Le Monde d’une tribune sur le « droit d’importuner », signée par 100 femmes appartenant à la sphère publique.

Mais pour Claire Ludwig, chargée de communication du collectif STOP HARCELEMENTDERUE, le harcèlement de rue est une forme de violence : « Il y a plusieurs degrés de violence. Généralement, la personne qui harcèle a un but : exercer son pouvoir sur une personne. Il n’y a donc pas une intention de drague, mais plus une violence ». Or, ce type de harcèlement touche les femmes dans 9 cas sur 10 dans le territoire français (source : ministère de l’Intérieur) et pour notre sondage dans les rues de Reims, 100 % des femmes interrogées ont avoué avoir subi au moins une fois dans leur vie un de ces actes de violence dans l’espace public : « On recevait des témoignages tous les jours, sur notre site ou sur notre page Facebook. Donc, il y en avait tellement qu’on était surmenés, qu’on a calmé un peu le jeu (…). En Espagne ils ont fait une enquête : 100 % des femmes qui prennent les transports publics ont déjà été harcelées », affirme Claire Ludwig.

DES « ZONES SANS RELOU » POUR SENSIBILISER LE PUBLIC 

Pour contrer ces agissements, le collectif STOP HARCELEMENTDERUE, présent sur l’ensemble du territoire grâce à ses antennes locales, organise des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires, mais aussi dans l’espace public. Le collectif a notamment créé des « zones sans relou », zones telles que bars, festivals et transports en commun où l’on peut vivre réellement l’expérience d’un lieu sans harcèlement de rue ni sexisme ordinaire. 

Lors de ces opérations, le collectif donne des conseils pour réagir en cas de harcèlement, que l’on soit victime ou témoin : « C’est pour avoir un impact à long terme dans des lieux où on a reçu énormément de témoignages et où on peut être facilement victimes de harcèlement. ». Une discussion avec le harceleur peut avoir lieu : « Si on rencontre des personnes qui ont le potentiel harceleur, avec qui on discute et qu’il s’avère qu’ils ont déjà harcelé des femmes, on leur explique pourquoi c’est pas bien », conclut Claire Ludwig.  

En France, depuis août 2018, le harcèlement de rue est passible d’une amende de 90 euros et un délit d’outrage sexiste a également été créé. 

Abdelilah Ed Dahhaoui, Aurélien Michel, Tenzin Thochuang Tsang